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Interview Paul Devautour Jérôme Joy, Christian Vialard

(Net.Art, Art et Internet)

(par Josée Teisseire)
15 juillet 2001, Grasse. Chez Christian Vialard.





Entretien réalisé le 15 juillet 2001 à Grasse, participants Christian Vialard, artiste, Jérôme Joy, compositeur, enseignant à la Villa Arson Nice, Paul Devautour, artiste, cyber-professeur à Luminy Marseille .



Josée Teisseire : Quel est le rôle du Web dans la création artistique contemporaine ? Le Net Art existe-t-il ?


Jérôme Joy : Depuis deux ans un champ se constitue pour le Net Art. Il s’est d’abord constitué autour de l’interface.

Paul Devautour : Un travail artistique ne trouve pas son sens parce qu’il se trouve sur le Net. Je trouve dangereuse cette catégorisation qui met cette pratique à part des enjeux de l’art. On risque de reproduire ce qui s’est passé pour l’art vidéo, avec ses artistes, son circuit particulier, ses manifestations, pour s’apercevoir en définitive que la vidéo a peu d’influence par rapport dans le circuit de l’art contemporain.

Jérôme Joy : Il y a eu à un moment de la part des artistes, une volonté de situer leurs pratiques technologiques à la marge des autres.

Paul Devautour : Ce sont les institutions qui créent des catégories pour instituer une visibilité de leur fonction. Avant tout nous faisons de l’art, après choisir de le faire dans cet espace, plutôt que dans une galerie, un musée, est une deuxième étape. Mais bien sûr comme n’importe quel artiste, le web-artiste va réfléchir sur le matériau qu’il emploie. C’est très réducteur de voir le Net Art uniquement d’un point de vue idéologique ou technique.



Josée Teisseire : Il semble que pour la première fois les artistes soient en retard sur les innovations technologiques ?


Paul Devautour : C’est inexact, les artistes font avancer la technique, en la déviant, en l’utilisant d’une autre façon, ils l’utilisent comme une pratique alternative ou de résistance. Celui qui utilise la peinture aujourd’hui, ne l’a pas inventée, le cinéaste, n’invente pas la caméra, on ne leur posent jamais la question de la technique.

Christian Vialard : Des artistes ont inventé des techniques comme Abel Gance !

Paul Devautour et Jérôme Joy : Sûrement, mais l’industrie cinématographique ne les a pas suivi. Sur Internet il y a des artistes qui inventent de nouveaux langages et puis on en reste là. C’est la pièce elle-même qui compte.

Christian Vialard : Je te rejoins, ce sont les enjeux artistiques qui font œuvre, pas les enjeux technologiques.



Josée Teisseire : Le Web décloisonne-t-il les pratiques artistiques au point de les rendre poreuses ?


Jérôme Joy : Les NTIC sont poly sectorielles. Les pratiques artistes se retrouvent au même niveau que les autres pratiques. Faire de l’art devient alors un acte volontaire. Seules, les pratiques qui cherchent d’autres espaces de diffusion et d’autres modalités de travail m’intéressent. Les objets ainsi produits et les objectifs poursuivis par ces projets apparaissent alors éloignés des catégories répertoriées par l’art, bien que leurs modalités de représentation en soient issues. Avec le Net on est dans une démarche collective, ce que j’appelle des dispositifs coopératifs.

Paul Devautour : Il y a une véritable contradiction entre les artistes utilisant les NTIC pour entrer dans un processus de légitimation institutionnelle artistique et ceux qui les utilisent pour aller à l’encontre de ce phénomène et qui crypte leurs œuvres pour l’interroger. Beaucoup d’artistes des NTIC recherchent, une légitimité et une reconnaissance artistiques pour leurs recherches. IL y a un besoin de capitalisation de leurs recherches dans l’ordre du symbolique culturel. Alors que les artistes reconnus en tant que tels par le système artistique cherchent à travers le Net une façon de lui échapper.
Le Net Art tombe bien pour les institutions, cela va lui permettre de faire émerger de nouveaux artistes, de labelliser une pratique à la marge et justifiera l’octroi de subventions sur le critère Net Art. Ces processus de labellisation pratiqués par les institutions sont une auto-légitimité et ce n’est pas autre chose qu’un effet d’autorité. Alors que beaucoup d’artistes contemporains se précipitent sur les NTIC pour échapper au processus d’autorité.

Jérôme Joy : Dans le Net Art les enjeux et les stratégies sont différentes.



Josée Teisseire : N’y-a-t-il pas un paradoxe ?


Paul Devautour : Le Frac de Nantes achète des Net Artistes. Acheter un site n’a pas de sens. Beaubourg a des projets de commandes. Si cette démarche est légitime, il s’agit avant tout d’exercer un contrôle et ce concept va à l’encontre de l’idée même d’Internet. Il faut que les Institutions se posent le problème : de comment aider l’art sur le web sans reproduire les schémas traditionnels.

Jérôme Joy : Il faut échapper à la notion d’achat et inventer une notion de collaboration. Lorsque le Frac PACA a voulu acheter le Collective JukeBox , nous nous sommes posés la question de savoir comment cette institution pouvait participer à ce projet, et comment gérer (avec nous) cette interface.



Josée Teisseire : Qu’elles soient collectives ou individuelles peut encore parler d’œuvres ?


Christian Vialard : Les travaux montrés sur Internet ne sont pas forcément intéressants, mais ce qui est indéniable c’est qu’il s’agit d’un " travail ensemble ". Le projet JukeBox, oui, transforme la notion d’œuvre, mais pas tous les Net projets…Moi je me débarrasse sur la toile de mes travaux, je rends responsable le nouveau propriétaire et ainsi de suite.

Jérôme Joy : Les notions d’auteur et d’œuvre sont secondaires par rapport aux problèmes d’organisation. Ces sont des questions qui viendront après. Car l’essentiel est que ces dispositifs apparaissent autrement.

Paul Devautour : La pratique du réseau pose cette question de manière très accentuée. D’autant plus fortement que la technique impose ses pratiques. Les questions de dématérialisation de l’œuvre, de sérialité, de reproduction, de partage…sont inscrites depuis longtemps dans les avant-gardes artistiques. Cette fois c’est le monde économique qui pose le défi. Mais les artistes ont anticipé ces problèmes. Il ne faut plus parler d’œuvres mais de projets. C’est la forme dominante sur Internet.

Christian Vialard : Sur Internet on peut faire ce que l’on veut et pourtant quand je consulte les " home page ", artistiques ou non, elles sont toutes constituées sur le même modèle !



Josée Teisseire : Internet est un autre lieu pour le public de l’art ?


Paul Devautour : Pour moi c’est avant tout un autre espace de travail. Je ne me pose pas la question du public. Le problème des publics se pose d’une façon plus perverse dans les institutions, c’est ce que l’on nomme le taux de fréquentation. Il est sûrement plus réducteur pour la liberté d’action que le faible nombre de connexions sur Internet.

Jérôme Joy : Internet n’est pas une économie parallèle pour l’art.

Christian Vialard : Les pouvoirs publics ont pourtant une véritable volonté de développer les NTIC !

Paul Devautour : Il y a beaucoup plus de chance de rencontrer un nouveau public sur Internet que pour ce dernier de franchir les portes d’un centre d’art. Sur mon site Sowana, j’ai beaucoup de questions et de visites, mais pratiquement (pas) de questions artistiques.

Jérôme Joy : Il y a une logique de médiation différente.

Paul Devautour : Quand quelqu’un tombe sur un site scientifique, s’il n’est pas scientifique, il ne dit pas que l’auteur ne comprend rien à la science. Les relations avec le public sur Internet et dans les lieux d’art se définissent autrement. Ce n’est pas un espace de plus c’est un autre espace.



Josée Teisseire : La censure sur Internet existe-elle ?


Paul Devautour : La censure n’existe pas au niveau du citoyen, mais au niveau politique.

Christian Vialard : l’autorégulation est une forme d’auto- censure. Il y a aussi un effet de dilution.



Josée Teisseire : La pétition de Fred Forest ?


Jérôme Joy : Le désir pour un artiste de développer des espaces de travail n’est pas dans l’acquisition d’une plus grande visibilité ni dans la pratique (de) la cooptation.



Josée Teisseire : L’information sur le Net ?


Paul Devautour : Si l’on parle de visibilité ce ne sont pas ces stratégies là qui sont intéressantes. Ce qui compte c’est ce que l’on cherche en tant qu’artiste.



Josée Teisseire : C’est la pluralité des recherches et des réponses dans un même espace.
Quel rôle doit jouer l’État ?


Paul Devautour : Réfléchir à ce qui se transforme, investir de l’argent sans recréer un système de pouvoir, d’assistance d’experts. Le Ministère de la Culture pourrait mettre à la disposition des artistes des hébergements gratuits. La rareté n’a pas lieu d’être sur Internet. L’État a toujours joué un rôle important dans la diffusion de la création et en même temps il a toujours eu mauvaise conscience à le faire. L’État n’assume pas son rôle de juge, il le délègue au marché. Il faudrait permettre aux gens de pratiquer Internet autrement que dans le temps des loisirs. Il ne faut pas en même temps laisser au marché le financement de cet espace L’État peut jouer un rôle important dans la formation, notamment dans les lieux spécialisés que sont les écoles d’art.

Jérôme Joy : Il y a une diabolisation d’Internet qui échapperait à quoi et à qui. L’État veut jouer un rôle de régulation essentiellement. Il n’y a perte de maîtrise uniquement dans le cadre d’une tutelle. Pour défendre Internet nous sommes obligés de nous poser en tant que militant, alors que nous voyons les limites et les failles du réseau.



Josée Teisseire : La peinture a-t-elle encore ses chances ?


Paul Devautour : Il peut y avoir des retours par réactions, mais on ne pourra plus faire de la peinture de la même façon.

Jérôme Joy : Beaucoup de pratiques numériques réinvestissent l’espace physique.

Christian Vialard : Il y aura peut-être un marché des "dérivés".

Paul Devautour : Ce qui fonctionne dans le marché de l’art c’est le symbolique.



Josée Teisseire : C’est un nouveau marché ?


Jérôme Joy : Ce n’est pas un nouveau marché, c’est le marché qui se déplace.



Josée Teisseire : Avez-vous été influencé par des démarches artistiques sur le Web ?


Paul Devautour et Christian Vialard : Jérôme Joy ! ! ! rires
Pour l’instant il faut penser en terme de potentialité. Peut-être chez les très jeunes artistes qui sont en train d’inventer des dispositifs avec des réflexes très différents !

Jérôme Joy : Je ne pense pas mon travail comme un positionnement artistique. C’est une façon nouvelle de travailler.
















   
   
   
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