COLLECTIVE JUKEBOX 4.04

Archives du projet (1996-2004)
http://collectivejukebox.org/

557 artistes
1487 oeuvres sonores et musicales
Un projet organisé par Jérôme Joy et propulsé par ICI éditions (Nice).
http://jeromejoy.org/ http://icieditions.org/


résumé :

Le « Collective JukeBox » est un projet d'une collection évolutive d'oeuvres sonores et musicales qui a débuté en 1996 et s'est clôt en 2004. Actif durant ces années car nourri continuellement par les artistes, ce projet est présenté aujourd'hui en tant qu'archive. Il a pu prendre par le passé différentes formes - d'une compilation à des diffusions outdoor et radio jusqu'à celle d'un juke-box, à partir de 1998 -, poursuivant l'idée d'un dispositif coopératif en réseau, c'est-à-dire d'un programme de production et de diffusion d'oeuvres géré par les artistes à un niveau international. L'accès à cette archive permet aujourd'hui d'écouter les oeuvres sonores et musicales de toute une génération marquée par le développement de l'audio-numérique et des réseaux électroniques. La dimension collective fut un moteur essentiel de cette recherche, touchant sa production, sa diffusion, mais aussi son éclectisme, puisqu'elle fut ouverte aussi bien aux domaines de l'art sonore qu'à celui des musiques alternatives ou électroacoustiques, accompagnant l'émergence de pratiques nouvelles, re-dynamisant des pratiques historiques tout en questionnant les rapports à des cultures populaires. Le « Collective JukeBox » a enfin relayé et continué d'autres projets de collections, plus documentaires et éditoriaux, comme ceux de William Furlong ("Audio Arts cassettes", 1973-91) ou de Maurizio Nannucci ("Zona Archives", 1974-1985), ou encore les revues sonores "Aerial: A Journal in Sound" (1990-1995), "Radius: transmission from broadcast artists" (1993-1998), "Tellus Audio Cassette magazine" (1983-1993), etc. Cette version 4.04 du projet présente et donne l'accès à l'intégralité des oeuvres qui ont contribué au projet collectif depuis 1996.



textes :

Le Collective JukeBox est un projet audio qui a débuté en 1996 et s'est clos en 2004. Actif durant ces années en tant que collection dynamique d'oeuvres sonores et musicales modérée par leurs auteurs, ce projet est présenté aujourd'hui en tant qu'archive à l'occasion de l'exposition de l'été 2011, "Le Temps de l'écoute", au centre d'art de la Villa Arson, puisque depuis la version précédente présentée en 2004 le contenu de machine juke-box est complet (100 cds). Cette version 4.04 du projet présente et donne l'accès à l'intégralité des oeuvres qui ont contribué au projet collectif depuis 1996. Depuis son lancement, le projet a pris différentes formes - d'une compilation audio à des formes d'intervention (diffusion outdoor, audiothèque), jusqu'à une machine juke-box à partir de 1998 (dont un dispositif a été acquis par le Frac PACA en 1999) -, tout en conservant la même idée de construction d'un dispositif collectif et coopératif en réseau, c'est-à-dire un programme de production et de diffusion d'oeuvres sonores et musicales géré et nourri continuellement par les artistes.

L'accès à cette archive est primordial, d'une part, pour écouter les oeuvres sonores et musicales sur support d'une génération d'artistes, mais aussi d'une période historique marquée par le développement de l'audio-numérique et des réseaux électroniques, et, d'autre part, pour approcher un projet dont l'aspect collectif a été un principe permanent de construction et d'organisation, et un moteur exceptionnel de production (plusieurs oeuvres ont été produites spécialement pour le projet) et de diffusion (certaines oeuvres n'auraient jamais circulé sans le projet). Sans être attaché à un genre ou à une esthétique, le Collective JukeBox a participé à sa manière autant à l'activité de l'art sonore actuel qu'à celle des musiques alternatives et expérimentales, ou encore des musiques électroacoustiques, et ceci dans un rayonnement international et en mettant à jour des filiations et des croisements pertinents par la participation d'artistes des générations précédentes. Il a pu également accompagné les pratiques sonores récentes telles que celles de la phonographie ("field recording"), du "clicks and cuts", du "lowercase sound", du "microwave", « microsound », et "microscopic music", de l'electronica minimale et du "glitch", toutes fortement impliquées dans l'audio-numérique et le post-numérique (sur la base de techniques de déconstruction, de distorsion, d'erreurs (failures) jusqu'à la réappropriation de musiques ou de matériaux existants, et l'accroche sur les musiques populaires, etc.). Dans ce sens, le Collective JukeBox a relayé en quelque sorte d'autres projets historiques, plus documentaires et éditoriaux, comme ceux de William Furlong (Audio Arts cassettes, 1973-91) et de Maurizio Nannucci (Zona Archives, 1974- ca. 1985 principalement), ou encore de revues sonores actives lors des décennies précédentes (Aerial : A Journal in Sound (1990-1995), Radius : transmission from broadcast artists (1993-1998), Tellus Audio Cassette magazine (1983-1993), etc.). Un projet à venir et à construire est celui d'ouvrir le Collective JukeBox sur Internet.

(Jérôme Joy, présentation du projet Collective JukeBox)






« [...] La volonté de se libérer des espaces marchands n'est pas neuve. Le Collective JukeBox, lancé dès 1996 par le compositeur Jérôme Joy, en est la plus belle illustration. Ce « projet audio, libre, ouvert, coopératif et expérimental » se veut une sorte de juke-box futuriste : une machine d'écoute de CD qui sans cesse se déplace au coeur d'un réseau de créateurs afin qu'ils la nourrissent d'une libre collection d'oeuvres originales. De David Grubbs à Lee Ranaldo de Sonic Youth en passant par John Oswald ou Jean Dupuy du groupe Fluxus, quelque six à sept cents artistes ont déjà alimenté ce sound system libertaire qui se développe encore en 2004, en un jeu de pseudos et noms imaginaires pour mieux signifier la supériorité de l'acte collectif sur la notoriété de chaque individu. Voilà donc un lieu hors marché, incarné en un objet mobile, sans tiroirs-caisses [...], une « zone libre dans un espace en jachère permanente, d'une part les réseaux, d'autre part les espaces publics » que sont festivals et autres lieux d'art ou de vie. Et le Net ? Il sert de lien entre tous les acteurs présents et à venir du projet, et devrait en devenir bientôt l'un des supports virtuels. Car le Collective JukeBox, coopérative culturelle, informelle et mouvante, est le miroir d'une utopie sociale en germe sur Internet. [...] La musique, rien que la musique : voilà l'a priori, et des netlabels et des projets tel le Collective JukeBox. »

(Ariel Kyrou, "Samplons sous la truie", Samizdat Multitudes, 2004)






« Le collectif JukeBox voit dans les pratiques audio-numériques un modèle pour la construction de situations collectives d'invention. L'analyse du corpus permet de mesurer l'ampleur et la portée des débats soulevés par le mouvement du Libre, ainsi que les différents appuis mobilisés dans ces débats. Néanmoins, elle laisse entièrement ouvert un champ d'investigation pour appréhender les modes concrets d'engagement des artistes dans les projets coopératifs sur Internet ainsi que les formes de régulation qui s'y instaurent. »

(In "Internet à l'épreuve de la critique -- Rumeurs, alertes et controverses au coeur des nouvelles technologies", Sous la responsabilité scientifique de Francis Chateauraynaud et Patrick Trabal, Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive, EHESS, Rapport remis dans le cadre du Programme « Société de l'information » CNRS, Novembre 2003)






« Initié en 1996, se proposant, à partir de l'idée de "son fixé", et sous la forme d'une banque de données constituée de sources diverses (CD, cassettes, MiniDiscs, DAT, fichiers informatiques) réunissant des artistes utilisant le son ou la musique (aussi divers que Pierre Joseph, Jean Dupuy, Robert Barry, Gianni Motti, Xavier Boussiron, Claude Lévêque, Dominique Petitgand, Jean-Luc Verna, ...), des musiciens rock ou techno (Rhys Chatham, Lee Ranaldo, ErikM, ...) ou des compositeurs disons plus expérimentaux (Philip Corner, Gilles Grand, Kasper Toeplitz, ...), et des poètes sonores anciens et récents (de Henri Chopin à Joachim Montessuis), ce projet illustrait et illustre toujours, hors du champ de la performance, les questions de frontières et de territoires, donc de passages, entre musique et art. »

(Arnaud Labelle-Rojoux, "L'Acte pour l'Art", Éditions Al Dante, Paris, 2004)






« [Le jukebox,] ce petit objet anodin, reprenant des formes traditionnelles, cache donc derrière lui des implications sociales en mutation s'affranchissant des normes actuelles tant au niveau de la pratique artistique que dans le cadre plus large de l'action sociale. »

(Olivier Gras, "Le projet Collage JukeBox", In revue Anamnèse-zine, Montpellier, 2000)






« "Avec ce melting pot de prétextes pour se voir et s'émouvoir, nous entendons rappeler ce bon vieux principe hacker : l'information veut être libre [pour lire une histoire de cet aphorisme et de ses différents usages : http://www.rogerclarke.com/II/IWtbF.html]. Elle ne le doit pas, sur le mode de l'injonction impuissante, elle le veut, parce que l'enjeu politique est celui de notre liberté de circuler, de penser, de coder, de parler, d'aimer, de créer, d'innover. L'information veut être libre, parce qu'elle ne peut être soumise ni aux diktats marchands, ni aux injonctions policières." [http://www.zelig.org]
Cette revendication à la disparition, comme métaphore mais aussi souvent comme pratique, n'est pas inhérente au seul monde des hackers, ni même des nouvelles technologies de l'information et de la communication, mais se retrouve, de manière très proche dans le domaine de la création artistique notamment. On la retrouve, par exemple, dans la destruction assez systématique de la notion d'oeuvre, de la posture autoriale et de la notion même de spectacle dans la musique techno non commerciale. Dans la free party, affirme Emmanuel Grynszpan : "Les musiciens sont souvent hors de la vue des ravers : derrière les enceintes. Tout dépend des sound systems qui organisent et des endroits qu'ils choisissent. Tout est fait pour détourner l'attention des ravers de sa personne [cad. le musicien] alors que le rock célébrait au contraire le culte d'un ou de plusieurs individus exposés aux regards de l'assistance. Le spectacle dans la free party ne vient pas du musicien. Ce dernier a bien conscience de n'être qu'un des maillons d'une chaîne de créateurs" [Grynszpan Emmanuel, Une fête parallèle, in Chimères, n° 40, Paris, Automne 2000, p. 97]. C'est cette même idée que développe Jérôme Joy lorsqu'il explique, à propos des nouveaux dispositifs audio en réseau, que : "Ces tentatives artistiques ne semblent plus répondre et n'être plus adéquates aux modes de présentation tels que le concert, l'édition (phonographique), l'émission (radiophonique) ou encore l'exposition [...]. Elle préfère s'immerger la plupart du temps dans des espaces exogènes, délocalisés, improvisés, plus impliqués socialement et relayés, voire exclusivement accessibles par les réseaux informatiques et télématiques." [Joy Jérôme, Construction de situations collectives d'invention - homestudio et dispositifs audio en réseau, v. 0.1.c, novembre 2002] »

(Olivier Blondeau, "Celui par qui le code est parlé. Pour une lecture expressive du phénomène hacker", Thèse de sociologie politique, Sciences-Po, 2003)






« C'est un fait : offrir de la soupe, des bonbons ou l'occasion de mater des pompes de luxe est devenu un des points d'accroche principal de la muséographie actuelle. On aime bien repartir d'une exposition les poches pleines et dire que l'on a trouvé des camarades aux mêmes goûts que nous. On aime aussi trouver dans une exposition des objets que l'on aimerait bien avoir pour décorer sa maison (une sérigraphie de Charles Manson, un meuble à vinyles, un tapis new-wave). Des curateurs deviennent des Luc Plamondon superstars, envisageant la rétrospective d'une époque comme la production d'un "Notre Dame de Paris" underground, marquée par le sceau de l'institution artistique. Aux côtés de ces nouvelles tendances en cours de définition qui, pour cause de rhétorique floue, ont encore le ventre mou, existe un drôle de projet d'édition.
Le JukeBox offre la possibilité d'écouter, les fesses calées sur une chaise, les coudes plantés sur une table en compagnie de ses amis, des morceaux de musique, ou pas, des pièces sonores identifiées ou non, des petits bouts de vie captés sur bandes magnétiques ou supports binaires. La démarche est simple : repérer sur une liste l'objet de ses désirs, tapoter le numéro du bout des doigts sur le Juke. Ne pas insérer de pièces surtout : la véritable cafétéria du lieu d'exposition servira lui de restoroute de la marchandise. Un doughnut, une revue, dix francs et t'es content.
Avec le Juke, rien de tel. Une machinerie gratuite prompte à combler les curiosités aiguës ; il y a de quoi désarçonner l'individu. Au programme, rien d'unifié, si ce n'est une sale volonté de donner la parole aux réseaux. Celui du web, celui de l'ombre, celui des composants électroniques d'un véritable JukeBox tel qu'on peut encore le trouver sur les paisibles routes de France ; Mireille, au comptoir, vous fera la monnaie.
Un e-mail, comme un coup de téléphone, comme une pression pour exprimer le choix d'un disque (The Eagles?), passe par toute une armada de fils, de routages, d'intersections avant de parvenir à son destinataire quelques millisecondes plus tard. Un système organisé comme un chef, rôdé pour la forme, qui permet de prendre contact avec de multiples personnes qui elles-mêmes se connectent entre elles. Le miracle du rhizome. L'héroïsme connectable.
L'esprit Pierre de Coubertin appliqué au Sound Art : on se passe le témoin, on se met en équipe, et l'important, c'est de participer comme on dit.
C'est ainsi que la bonne parole du Juke a trouvé ses chrétiens. Pop-stars, artistes, bruiteurs ou électro-acousticiens, impossible de rallier les participants du Juke à une cause commune sinon celle de l'expression, la censure mise de côté. D'aucuns veulent triturer leur guitare, refaire leur Velvet Underground "at home", devant leur quatre pistes pourrave. D'autres sortent la grande artillerie de la musique concrète, le sillon fermé comme médiator, les jambes arquées, l'estomac proéminent. On se réjouit de trouver là des artistes qui chantent sur le groupe métal Melvins comme des musiciens qui, remontant leur lunettes demi-lunes sur le bout de leur nez, souhaitent explorer de façon très sérieuse les tréfonds du minimal. Comme un médiateur familial qui réglerait les questions d'éthique sonore et conflits entre anciens et petits cousins, le Juke n'a qu'une seule politique : celle de l'ouverture, et du plaisir. Avec seulement une retenue : celle de ne pas accepter les songwriters sans couilles à la recherche de crédibilité arty. Faudrait voir à pas exagérer non plus.
Inutile de jeter le Juke en pâture au réseau commercial : aucune dictature du tube, du profit, ne guide ce projet iconoclaste. Aucun partenariat envisageable avec Fun Radio, aucune photo dédicacée ne circulera. Pas d'ascension sociale, de grimpée d'échelons prévue. Nib. Les participants acceptent la règle du jeu, et avec le sourire, créant de leurs petits doigts dodus des pièces spécifiques. Le Juke, dès lors, se régénère de façon autonome et propose de nouvelles visions à chaque exposition. Cela a le bonheur de faire monter la bave aux lèvres côté institutions : autant d'oeuvres inédites par autant d'artistes [plus de cinq cent cinquante à ce jour], quelle aubaine ! Cela irait presque jusqu'à faire la nique a la collection du Musée d'Art Moderne, c'est incroyable, hein, chef ?
Souhaitons que les nouveaux saints, ceux de la divine technologie, protègent ce projet béni : ils ont beau avoir des paupières qu'ils ne sont pas sourds pour autant. Et que l'art, cette foire aux créations multiples, colle toujours aussi près de la vie. Même si ça fait grincer les dents. »

(Marie-Pierre Bonniol, "Hotel California", Villa Arson, le 4 février 1999)






« Le JukeBox est certainement la proposition la plus aboutie et la plus éclairante du projet mené par Jérôme Joy. L'idée d'en préciser la mise en oeuvre en terme d'éditions est immédiatement motivante pour l'Association ICI : Il ne s'agit pas d'un archivage-catalogage, ce qui au lieu de donner une existence active aux enregistrements, les figerait dans une sorte de vitrine, ferait apparence ou bien ne serait qu'une astuce. C'est dans un rapport vivant et collectif, en déjouant les contextes de nos habitudes et c'est dans le partage d'une écoute que nous participons à sa constitution.
Il ne s'agit pas d'éditer un objet d'art, ni une oeuvre-concept, ni même une installation. Il est plutôt question (en termes génériques), de la proposition par Jérôme Joy d'un dispositif-événement ; c'est un processus qui doit rester ouvert.
Le projet se développe en augmentant continuellement son contenu, affirmant son autonomie et plaçant sa pertinence en dynamique avec l'histoire la plus actuelle, sans chercher à la représenter ni à faire de la référence. En tant qu'appel à la création, à la production et à la diffusion, c'est un générateur d'oeuvres sonores, musicales et de nouvelles surprises. Il nous semble que nous devons à la mise en oeuvre de cette proposition le statut d'édition d'art. Les auteurs restent bien les auteurs à part entière : leurs positions et leur responsabilité restent intègres. Et c'est bien cela qui apporte une réalité au contenu et qui nous fait sentir que quelque chose comme cela, aujourd'hui, a besoin de se produire. »

(Ludovic Lignon, "Collective JukeBox - un regard de ICI ÉDITIONS", Septembre 2000)






« Le mode d'existence de la musique occidentale est en train de passer par une transition d'un système à un autre. Avant la musique se chantait maintenant elle se danse (en fait, pour être plus juste, on est passés d'une musique frontale à une musique environnementale, tant d'un point de vue spatial que temporel : la musique peut être partout et tout le temps). Cette évolution trouve, entre autres, ses racines dans l'extension des musiques sur support, du différé du son. Dans les années cinquante est apparu de façon massive et domestique une nouvelle manière de faire de la musique : par la lecture d'enregistrements et, qui plus est, dans des conditions spatiales et temporelles qui avaient déjà d'autres usages que la musique. La musique ne naissait plus dans les salles de concerts, le soir, ou dans tout autre lieu destiné à cet usage, mais n'importe où et n'importe quand. Il suffisait pour cela que l'auditeur (et non plus les auditeurs) en ait envie. Le savoir-faire en était réduit à quasiment rien : juste brancher la prise, poser le bras de lecture sur le disque. La musique s'est alors peu à peu insérée dans notre environnement d'une façon nouvelle, essentiellement parce que le rituel, auparavant nécessaire, pour la faire naître et exister n'existait plus. Auparavant il fallait un ordre, à réorganiser à chaque fois. Dorénavant l'ordre, condition nécessaire à l'existence de la musique, était fixé pour une très grande quantité de ré-existences de chaque pièce musicale. La quantité d'ordre à mettre en oeuvre pour chaque exécution était minime : il suffisait juste de poser à-peu-près correctement la tête de lecture sur le support à lire, de stocker dans des conditions de propreté minimum les disques ou bandes, pour pouvoir répéter l'existence d'une musique indéfiniment. L'exécution de la musique s'est affranchie du corpus classique d'exécution, des conventions qui avaient cours dans les groupes humains qui se sont constitués par rapport à l'exécution de la musique. Tous les tics, us et coutumes, conventions relatives à l'exécution ont été remis en jeu, parce que l'exécution a commencé à s'opérer dans des contextes réels, et non plus conventionnels. »

(Luc Kerléo, "Le Fond Musical", mars 1997)






     




Collective JukeBox 4.04
An archive (1996-2004)
557 artists
1487 sound & music works
a project devised and set up by Jérôme Joy and propelled by ICI Editions (Nice).

Collective JukeBox is a free open audio "workspace" which began in 1996. Since the beginning, the project has taken different forms - from audio compilation to audio events, and since '98 to the development of a 'networked' juke-box project based on the concept of a "co-op system server" in parallel to the present "sound system" juke-box machine interface. The project was continuously evolving with different public interfaces 'connected' to the self-managed database (such as an audio repository). Its development and managing environment is based on a "groupware" and collective principle. As one goes along, the database is offering audio contents continuously updated and fed with the help of this co-op and 'social' system ("materialized" by the server's engine and the juke-box machine). This content can be easily extended to other interfaces such as an online free audio database, for instance. The contents are solely dependent on the participants, identified or unidentified, deliberately and intentionally.

(From Dorothee Richter, "Kompilationen & Databases", Kunstlerhaus Bremen, 2003)






The French composer Jérôme Joy has been concerned with building musical communities and with alternative forms of making music accessible. His "Collective Jukebox" project (started in 1996) involved building a jukebox that could play recordings by experimental musicians from around the world. He then asked people all over the planet to contribute recordings and to let their friends and acquaintances know about his open invitation. He did not curate the recordings; rather, he included everything that was sent to him. He wanted to create a kind of musical "commons," where information from anyone who wanted to participate would be available. The jukebox has been installed in a series of art museums around Europe for the past eight years, where its music is available for the public to hear and explore. Jérôme Joy wants to create a place where people who are interested in listening to newer forms of sonic creativity can easily find that work. Joy's work is an example of a composer trying to establish a new basis for musical and artistic community.

(Warren Burt, "Experimental Music in 2005", In "World Music Today")






The unstoppable popularity of peer-to-peer networks and of millions of mp3 files exchanged every day cannot simply be reduced to the usual equation 'free=everyone wants it'. There is something more complex and wider-ranging that makes neophyte users constantly rack their brains over how to make hardware and software mechanisms work to access the 'celestial jukebox'. [...] Music is in fact contained not only in the safes of industry or the dusty ledgers of copyright associations but in everyone's home, via the myriad cds, vinyl discs and cassettes which together represent an enormous heritage of music. [...] The reward is not only 'obtaining' music but also taking part in an enormous collective process, as happens with a chat room, newsgroup or blog. Sharing one's files is thus no mere act of generosity or a gesture that it is hoped will encourage others to do the same, but an act of participation, proving one is part of a game, a process or a collective performance intended to liberate sounds and share them. As John Perry Barlow says, 'the more connected we become, the more obvious it is that we're all in this together': this is the culture of the net which is expanding rapidly, rewarding collective consciousness, expressed via the artistic heritage of musicians and which lives again in our memory. [...] Viewed in the abstract, the structure of a pc network with a large number of music files resembles that of a sort of huge sound machine able to satisfy most needs. This is the so-called 'Celestial Jukebox', an ideal machine able to reproduce almost any track recorded in the history of music. [Artists intend people, other artists and musicians, to contribute to works] and this request for cooperation breaks down the traditional barriers between artist and audience. This direct interaction mingles the roles of 'creator' and 'user', thus enabling real development of ideas which draw their strength from the fact that they are created and approved by the public. And the notion of collective contribution is behind 'Collective Jukebox', an experiment inaugurated in 1996 by French composer Jérôme Joy, whose intention was to combine the spontaneous donation of tracks with public use independently of the limits of space and time of the artists involved. Joy's work in fact combines the infrastructures of the net with those of traditional art, inviting anyone wanting to take part to make their tracks available at a publicly accessible internet address. Periodically, he then organizes and exhibits them via a real jukebox with thousands of files which are used in some kind of public space, such as a museum or café.
Furthermore, the opportunity for reciprocal interaction opens further chances of processing carried out together with others, introducing a new social side into the production of sound. A musical artifact may indeed be the result of something done by more people than those normally in a band and so open up to an indefinite number of active participants who make a significant contribution to the final product. [...] It is the strategic key for the growth of contemporary culture, ready to take back the heritage of music which belongs to it.

(Alessandro Ludovico, "Peer-to-Peer : the collective, collaborative and liberated memory of sound", March 2003, part of the 'adonnaM.mp3 - Filesharing, the Hidden Revolution in the Internet' exhibition curated by Franziska Nori and the digitalcraft.org team into the Museum of Applied Arts in Frankfurt, opened to the public from the 19th of March to the 20th of April 2003)






For the last thirty years at least, the use of the computer has allowed sound materials to become part of the processes of digital transformation, but it is only thanks to the widespread use of the Net that digital music can now be manipulated by so many people. While cultivating their listening activities, net users improve their musical skills to the point of being able to look for forms, map musical processes and bring out meanings by putting together heterogeneous elements. It is therefore quite possible that simultaneous sharing in heterogeneous musical communities promotes - without excluding some degree of confusion - more opportunities for interpretation. [One can look into a project] that constructs cultural spaces against the background of a critical analysis of artistic practices within the frame of net-interactive technologies. Jérôme Joy's evolving co-operative audio database, Collective JukeBox, is open to all contributors and is activated by their 'engagement' through sending unlimited audio contributions and evaluating proposed interfaces. It functions as a forum, and its participants can make proposals to modify the project. Just as the creator of Collective JukeBox, composer Jérôme Joy expects his project to open 'a new resistant space for digital audio emergent practices'. [...] Joy envisages participation in an artistic context as an exchange between subjects within a collective dimension. [...] Collective JukeBox is a dynamic, collective endeavour, 'a continuously evolutionary and updated resource'. Referring to his own projects, Joy offers further considerations regarding the peculiar effect of net technologies on artistic practices and on listening spaces.
[...] Starting from a more theoretical frame, Joy analyses the shift between languages, reality and identity of artistic practices. According to Joy, the practices of artistic presentation and the conditions that rule the diffusion of artworks no longer seem adequate to 'languages' developed nowadays, especially those using elements that are more and more dematerialised and free from the 'principles of reality.' Joy states that the fields of artistic inquiry tend to be displaced, while presenting themselves more often in the shape of 'device,' than in the form of 'laboratory' or 'platform.' There is a process of adaptation that opens new spaces to artistic practices and requires them to be reformulated. In fact, without being too explicit, they infiltrate peripheral domains (computer science, communication, social relations) and thus modify their identity. [...] Joy's strategy is that of planning a device characterized by different forms and functions : « an audio compilation, an audio intervention group, a networked jukebox. The project is continuously evolutive with various public and 'work' interfaces, and its system of development is really close to a system of 'groupware'. Collective JukeBox began on Internet for building the network of contacts between a lot of artists (and non-artists) to build a place of exchange and of conversation, and very quickly, the project requested the construction of interfaces for the exchanges and for public netcasting & shows. These interfaces have first appeared in 'real world' with actions and a listening interface : a CD-player juke-box, which represents today the 'sound-system' of the project, before the finalization of the next 'internet-system'. There is no selection for participating, and the project is now invested by many and many artists. Those ones take part in freely by sending to the project their audio and musical contributions, and the Collective JukeBox Project ensures their visibility and listening. The free mode of consultation and sine qua non activation by the listeners allow the construction of a user-friendly space for the public, as a cafe or a cafeteria or an 'audio-lounge,' with the jukebox machine. The project opens not only a 'forum-room' and a space of 'monitor' (a monitor on sound art and music), but also a permanent laboratory and workshop ». The initiative of Jérôme Joy (which follows the 'bazaar' or 'autonomous zone' models) tends to favour the achievement of a cultural autonomy and of an adaptive/cooperative organisation, since he is firmly convinced that they can be mutually supportive. According to Joy, the Collective JukeBox project could provide a model of a new economy (associated with these new methods of artistic work), which could cooperate or coexist with the existing and legitimated commercial systems (here those of the music industry, the art market and artistic institutionalisation) without seeming to be an element of pirating (copyright violation).
Besides conditioning the formation of semantic spaces, the scattering of communication on the Internet, the multiplication of production-reception chains, the exchange of role between maker and listener and the peculiarity of online musical applications can give rise to an artificial plurality of musical spaces, constituted through options of cultural 'localisation.' Consequently, we should ask ourselves whether the appearance of artificial features of musical spaces is going to be an addition to, or simply a replacement of the 'natural' ones.

(Dante Tanzi, "Musical Experience and Online Communication", In 'Crossings : ejournal of Art and Technology' Vol.3 Issue 1, Dec. 2003, Trinity College (publ.), Dublin)